Dans le cadre des projets Gouvernementaux pour combler les orifices budgétaires, les ministres semblent transpirer la fierté avec leur trouvaille de taxer les bancaires. Malgré cela, le moins que l’on puisse en déduire, c’est que le Gouvernement, quand il utilise l’urgence, crée plus de problèmes qu’il n’en résout.Vous l’aurez deviné, en tant qu’investisseurs épargnants, cette immense rustine que les banques vont devoir trouver pour satisfaire les ministères concernés, nous inquiète (les pourvoyeurs de rustines, c’est nous).
En effet, nous avons l’impression que pour pouvoir faire passer un message lénifiant ( »le Gouvernement ne touche pas au pouvoir d’achat des contribuables »), celui-ci vient de créer d’un coup un ministère supplémentaire, celui de la « réparation express des budgets percés« , en sous-traitant aux banques, sans discernement, la mission de trouver le montant qui « clope » dans le plus pur style militaire du : « démerdez-vous, on ne veut rien savoir ».
J’ai donc, sans traîner, posé quelques questions à un Banquier, et j’aime autant vous dire que ce banquier n’apprécie pas, mais alors pas du tout, cette ponction. Il s’agit de la Banque « online » Keytrade Bank, qui a eu l’amabilité de nous répondre par l’intermédiaire de Monsieur Thibault de Barsy, Sales & Marketing Director.
L’avis de Keytrade Bank
Dividende.be : êtes-vous concerné par cette ponction pécuniaire?
Thibault de Barsy : Oui
Dividende.be : vos concurrents courtiers le sont-ils, et comment le Gouvernement va faire la différence, non seulement entre banquier et courtier, mais entre les sociétés qui ne sont pas de droit belge ?
Thibault de Barsy : A notre connaissance, les branches des banques étrangères installées en Belgique ne seront pas touchées, ce qui introduirait une distorsion de la concurrence.
Dividende.be : cette taxation déguisée va-t-elle avoir une incidence sur votre tarification? ou supprimer des promotions, principalement sur les frais de courtage?
Thibault de Barsy : Dans le contexte général de l’offre sur les comptes d’épargne, cette taxation augmente de manière très nette le coût des banques, en particulier pour les banques online. Celles-ci avaient l’habitude de pouvoir proposer des taux d’épargne élevés conditionnés par leur structure de coûts très légère.
En d’autres mots, nous pouvions fonctionner avec une marge brute très faible car nous avions peu de frais fixes à couvrir. La taxe imposée par le gouvernement est d’un ordre de grandeur susceptible de transformer une activité qui profitait pleinement aux épargnants – par le jeu de la concurrence – en activité non-rentable pour les banques « challengers ». C’est donc forcément une mauvaise nouvelle pour les épargnants de manière générale et pour nous en particulier.
Dividende.be : trouvez-vous indiqué, de la part du Gouvernement de ne pas faire de différences entre les institutions « assistées », et celles qui n’ont eu besoin de personne pour gérer leur avenir?
Thibault de Barsy : Premier élément : Cette mesure ne tient pas du tout compte de l’élément “risque systémique”. Une grande banque pose par nature un risque plus important, pas seulement pour le secteur même, mais également pour l’état (« too big to fail »). De plus, il n’est pas tenu compte des responsabilités « individuelles » de certaines banques dans la crise.
Une approche différenciée aurait, par exemple, été plus équitable. On aurait pu travailler avec des seuils, éventuellement avec des franchises. Ex: 0 bps sur le premier milliards, 5 bps sur tout entre 1 et 5 milliards, etc.. Pour enfin arriver à, par exemple, 25 bps sur les grosses tranches, car c’est là que le risque se situe.
Deuxième élément : il n’est pas du tout tenu compte du degré de risque que la banque prend, une idée qui avait pourtant été évoquée. Seuls les dépôts sont repris comme critère. Ainsi, une banque très traditionnelle, et à très faible risque, paie la même prime de risque qu’une banque d’investissement.
Donc dans l’ensemble, l’idée légitime de faire payer une « prime d’assurance » par les banques qui présentent un profil plus risqué, soit par leur taille, soit par leur politique d’investissement, a été totalement abandonnée, ce que nous regrettons beaucoup.
Nos conclusions
Via ces mesures taxatoires du monde bancaire, il nous semble que le Gouvernement a étiqueté un grand sac BANQUES et a jeté dedans l’annuaire des banquiers belges. Il a ainsi créé une situation où il balaie d’un coup de revers de main des années d’effort de certains banquiers innovants et visionnaires de ce que sera le service bancaire de demain.
Article écrit par Fauché, Dividende.be ©
Toute reproduction, même partielle, de cet article est formellement interdite.

